RUBRIQUE:en toute intimité

Publié le par leila belbyed

Rubrique : en toute intimité  

 Rencontre : TAHAR BEN JALLOUN

 

L’écrivain fou, l’écrivain sage      

 Un parcours fort brillant pour un écrivain plein de sagesse, ainsi d’honnêteté. On parle de toute une gamme de création qui fait chaud au cœur, qui révolte ou émeuvent, mais ne laissent jamais indifférent.

 Bref, elle eu raison geraldine Dulat lorsqu’elle a annoncé que Tahar ben Jalloun est assurément un homme qui a la baraka des mots.

  En fait, il me faut avouer que mon amour envers cet écrivain me pousse souvent à lui faire l’article, n’importe quand, n’importe comment et n’importe ou, afin de parler de chacun de ses romans, ainsi de ses interviews.

  D’ailleurs, l’interview que « Femme Du Maroc » a eu le grand honneur de réaliser avec cet écrivain m’a beaucoup touché, c’est la raison pour laquelle je vais la reprendre, afin de faire la partager avec moi, mes chers lecteurs et lectrices. Cette interview s’est produite en juillet 2003.  

 

 

 

 Ø          FDM : « Amours sorcières », votre dernier recueil de nouvelles abordent la magie dans la société marocaine. Pourquoi avoir choisi un tel thème ? 

                                                    TAHAR BEN JALLOUN 

  Je suis parti du constat sur cette partie du Maroc composée de personne modernisées, instruites qui croit à ce genre de pratique occulte. C’est très étonnant, car l’on pense très souvent que la sorcellerie ne concerne que les analphabètes. D’où ma surprise lorsque je me suis rendu compte, ici et là, du nombre incroyable de personne de mon entourage, qui se rendaient à ce genre de consultations. Cela m’a donné envie de pousser un peu le sujet.

 

 

 Ø     FDM : que cherchez-vous à démontrer en 2003 sur la place de la sorcellerie dans la société marocaine ?

                                  TAHAR BEN JALLOUN :

   La sorcellerie est absolument liée au sous développement, car elle pense agir sur le réel d’un manière complètement irrationnelle.  C’est une façon de refuser l’affrontement du réel dans toute sa complexité et dans ses exigences. C’est une façon de vouloir dépasser le problème, de se voiler la pensée. Autant de comportements qui incarnent une tendance que j’espère minoritaire e passagère au Maroc.  

 Ø     Mais vous-même, vous etes-vous jamais frotter à la magie ?

                                                                 TAHAR BEN JALLOUN

 Personnellement, jamais. Cela dit, j’ai grandi à fez et j’ai toujours entendu ma mère parler du mauvais oeil, etc. je n’y crois pas. Je crois davantage aux mauvaises ondes véhiculées par des personnes plutôt qu’à un regard qui vous jette un mauvais œil. Il y a dans la vie de mauvaises rencontres, des personnes qui ne peuvent coexister ensemble, des chimies incompatibles, des personnes qui n’auraient jamais du se rencontrer.

  Ø     L’un des grands reproches à l’égard de votre travaille est celui d’exploiter le Maroc comme une matière première sans presque aucune empathie ?

                                                            TAHAR BEN JALLOUN

  Non, je ne prends pas le Maroc comme une matière première que je me modèlerais à ma guise. Je fais mon travail et mon travail consiste à regarder, à observer, et j’aimerais bien que l’on démontre que mes images rapportées de mes observations sont fausses. Je ne le pense pas .à titre d’exemple, comment, pour un romancier, passer a coté des relations névrotiques entre les hommes et les femmes ?

 Dans cette société, il n’y a pas de négociation. Soit la femme impose sa loi, soit c’est l’inverse.  C’set important d’écrire sur ce sujet pour un écrivain. Est-ce son rôle alors d’être tendre avec ses lecteurs ?  Quand on aime une société, il est du devoir de l’écrivain qu’on importe quel acteur du progrès de la déranger. A quoi cela peut il servir de rassurer les gens, de les réinstaller  dans un confort petit- bourgeois, pour qu’il se réveillent,  un beau jour, avec des kamikazes se jetant sur un restaurant ? ce n’est évidemment pas un livre qui , seul, peut bouleverser une société. Mais il est certain que la littérature joue un rôle dans le progrès de l’humanité en la bousculant, ça et là, en lui donnant des coups d’accélérateurs, en créant, parfois, des sentiments inédit chez l’espèce humain.

 

 

 Ø     Dans votre recueil de nouvelles, la magie c’est encore une histoire de « bonne femmes ». Pourquoi votre vision de la femme marocaine n’alterne-t-elle, dans votre œuvre, qu’entre victime ou diablesse ?

  Lorsque j’ai publié mon premier roman « Harrouda », il y a trente ans, l’on m’ reprocher une femme qui ne serait qu’une maman ou putain.

  Aujourd’hui, les termes changent, mais pas la problématique d’un alternative pour une autre femme. Que veut dire ? Une femme ou un homme heureux, épanouis, pleins, harmonieux n’intéresse pas mon travail. Le bonheur, ce n’est ce qui fait la littérature. Mon travail d’écrivain est d’éclairer la justice, non pas de la démontrer sans nuance. Mais pour qui sait lire, j’évoque dans mes romans le courage de ces femmes qui vivent seules, qui assument leurs libertés, qui se battent chaque jour contre les préjugés, les regards ambigus, contre les bêtises et aussi contre les pesanteurs d’une société ou l’individu n’est pas reconnu, ou qui a du mal à accepter la liberté et l’exigence de l’individualité. De même que j’évoque également cette femme de la compagne qui vit dans un temps sans date. Nous ne sommes plus ici dans la dichotomie dont vous parliez. La femme marocaine prend un chemin, celui de l’indépendance et elle est beaucoup plus en avance que la société étatique, que les textes juridiques. Aujourd’hui, l’état doit e tenir compte de avoir  le courage de lui offrir un code de statut personnel à sa hauteur.                        

 

 

Ø      Si l’on vous dit choc de civilisations, vous répondez « tarte à al crème » ?

   Je réponds « choc des ignorances » avec exploitation abusive des misères, des malentendus, des conflits et de la pauvreté. Ce terme de « choc de civilisation » ne veut rien dire car, par définition, une civilisation est quelque chose de fluide et qui circule. Nous sommes tous porteurs de plusieurs civilisations, plusieurs mémoires. Il y a beaucoup d’ignorances de part et d’autres, et l’occident et les États-Unis nous ignorent. Je pense que ce que nous traversons historiquement est lié davantage à la misère matérielle comme intellectuelle que subissent les pays de sud. Au Maroc, la leçon du 16 mai est claire. Il va falloir réellement, sans l’ombre d’une ambiguïté, s’attaque au fléau de la corruption. Tant que celle-ci ne sera pas combattue, l’avenir de millions de jeunes sera bouché. Le choc du 16 mai est suffisamment fort également pour que l’islam soit respecté et ne soit plus confondu avec des projets politiques. Il faut, et c’est une urgence, une séparation de la religion et du champ politique. C’est quatorze siècles d’islam modéré dans un Maroc serein qui sont en jeu aujourd’hui.

   BELBYED LEILA

 REFERENCE : magasine ; « FEMME DU MAROC

 site:Contact@femmes du maroc.net

                                  

 

 

 

 

 

Publié dans allaboutus

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