RUBRIQUE:EN TOUTE INTIMITé

Publié le par leila belbyed

HICHAM BENOHOUD

 

 

L’ego sur pellicule : Habillé ne noir comme toujours. Intérieur blanc. Et sur les murs du salon des centaines de visages. Photographies de ses élèves dont il ne connait même pas le prénom. Hicham Benohoud est un homme de contraste. Le noir et blanc de son art lui ressemble. Réservé. Silencieux, parce que c’est à l’intérieur que se joue le vrai combat. Confidences

FDM : votre travail a toujours surpris, souvent choqué. N’avez-vous pas une sorte de schizophrène, et que cette maladie est lourde à porter ?

H. BENOHOUD : je pense que je suis schizophrène dans le sens ou l’on m’a élevé d’une certaine façon, avec une personnalité autre que celle que je veux porter. Mes frères, ma sœur et moi avons subi la même éducation. Plus tard, j’ai voulu me retrouver, me resituer par rapport à moi aux autres, et opter pour un style de vie qui correspondrait davantage à ce que j’étais. A aucun moment cela n’a été facile. Tant que je serai moi moi-même, les gens me feront toujours les mêmes remarques ; on me demandera toujours pourquoi je fais ce genre d’études, pourquoi je m’habille de cette façon, pourquoi je me rase le crâne, pourquoi j’habite seul, etc. j’ai conscience que dans notre société, il y a des personnes qui ont des idées différentes des autres, mais elles, parviennent à ne choquer l’entourage. Moi, je ne sais pas jouer deux rôles à la fois ; je n’ai jamais su cacher ce que j’étais, encore moins à ma famille qui, je sais, en souffre. Comme je n’en ai pas toujours conscience, il me faut sans cesse jongler avec ça. Vous savez, ce n’est pas toujours évident de s’habiller d’une certaine façon, d’adopter un certain langage, et de devoir changer tout ça quand on va chez ses parents. Des fois je craque, mais je suis obligé de faire avec même si, j’ai vraiment envie de leur dire des choses terribles….

 FDM : A qui en voulez-vous exactement : à vos parents ou à la société en général ?

H. EBNOHOUD :   Mes parents représentent un microcosme de la société…je ne connais pas tout le monde, mais je connais mes parents, alors c’est à eux que j’ai envie de parler. Eux emploient toujours les mêmes mots :

Eux  emploient toujours les mêmes mots ; religion, mariage, traditions…des mots qui ne correspondent pas forcément à mes valeurs .ils me perçoivent comme quelqu’un de  méchant, pour eux je suis un mécréant, un raté qui leur donne beaucoup de souci. je sais  qu’il auraient préféré que je ne sois pas là ; ils ne veulent pas que je me suicide ou que je disparaisse , bien sur , mais maintenant que je suis là , ils essayent de récupérer ce qu’il y a à récupérer .ma mère est très inquiète à mon sujet, elle me demande si je fume et je bois, ce à quoi je réponds par la négative. Elle ne me croit pas ; elle me perçoit comme quelqu’un de complètement égaré .des fois, je suie obligé de mentir ;à d’autres moments je n’en  ai plus la force .

F.D.M.: Et vous avez l’impression qu’il y a un modèle type auquel il faut absolument ressembler ?

H.BENOHOUD: Oui quand on ne ressemble pas aux autres, on les déranges, parce qu’ils ont peur de nous.

F.D.M.: Est-ce de là que vient le coté provocateur de œuvre ?

H.BENOHOUD: Vous savez, je ne me trouve pas provocateur. Je fais un travail qui correspond à ce que je suis, et il se trouve que ce travail choque les gens.C’est un peu comme si vous,  vous vous  sur maquilliez et que ça  vous plaisait parce que ça correspondrait à votre personnalité. Les gens autour pourraient dire que c’est manière. On dit souvent que mon travail est choquant, violent, mais je n’ai pas assez de recul pour  le percevoir comme ça .A mes débuts, quand on détachait une photo des autres, elle avait quelque chose qui pouvait faire sourire. C’était l’exposition en totalité qui faisait ressortir la gravité de mon travail. Dernièrement, on m’a dit que chaque photo se suffisait à elle-même, dans le sens ou chacune dégageait quelque chose de fort et de violent.

F.D.M : Est-ce que vous pensez que cette  schizophrénie, ce dédoublement est propre à chaque artiste ?

 H.BENOHOUD: Je ne peux pas parler des autres parce que chacun à un vécu propre. La preuve en est que certains artistes créent dans la joie, d’autre dans la douleur. J’ai un ami qui fait de la photo par plaisir. Quand il me dit : « je vais aller dans la montagne, prendre des photos, respirer un peu d’air frais », ça m’impressionne parce que je n’est jamais pu faire les choses de cette manière ; jamais, je n’est travaillé dans le bonheur. Ce que je fait vient du plus profond de moi-même, je réfléchie toujours longtemps avant de passer à l’action, je fais beaucoup de recherches, et si je ne suis pas motivé, je ne me pose pas de question : je travaille. D’ailleurs, je déteste ne rien faire.  

F.D.M : Les outils que vous utilisez (barre en fer, scotch qui empêche la personne de bouger, clou, etc,…) sont aussi les signes d’une souffrance…

H.BENOHOUD: les gens disent que je travaille sur le thème de l’enfermement. Il ne faut pas oublier que je suis plasticien de formation ; c’est sans doute la raison pour laquelle j’utilise des matériaux qui dégagent une certaine plasticité, qui proposent de nouvelles formes, une nouvelle manière d’agencer l’espace, de le faire exister…au départ, j’utilisais des éléments que j’avais à portée de mains et comme je dispense, du carton, du papier, du bois que j’essayais d’utiliser à ma façon mais pour moi c’est la manière d’utiliser les objets qui est intéressante, pas les objets en eux-mêmes ; il faut apprivoiser les éléments et les exploiter à sa façon. d’autres choses.

BELBYED LEILA

 

 REFERENCE: Femme du Maroc

 

 

Publié dans allaboutus

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