Du texte à l'image

Publié le par leila belbyed

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Il me parait significatif de commencer par la citation qui dit : « Butor est un romancier parce qu’il est un poète, il est un poète parce qu’il est un critique, il est un critique parce qu’il est un lecteur », en effet, cette citation justifie amplement le caractère encyclopédique de Michel Butor, dont ses romans mènent à tout, à condition d’en sortir. Oui à tout ; à la poésie, à la critique, à la littérature, à la peinture, tant que le roman demeure le laboratoire du récit, le domaine phénoménologique par excellence, ainsi qu’il est le lieu oứ étudier de quelle façon la réalité nous parait ou peut nous apparaître.

La Modification en est l’exemple le plus flagrant, cette création littéraire, a travers  laquelle, Butor a cassé le roman pour le refaire, afin de le rendre nouveau, ainsi perméable au doute, au soupçon et surtout à l’ambiguïté.

Butor dit : «  toute invention littéraire aujourd’hui se produit à l’intérieur d’un milieu déjà saturé de littérature », par cette phrase, on peut introduire à La Modification. Tout ce roman participe  de ce qu’il a d’abord de conventionnel, de figé, car qu’il en est le thème ? Un homme décide de quitter sa femme parce qu’il aime une autre. Rien de plus banal au départ de ce thème. Or, Butor ajoute : «  je pouvais donc y projeter une lumière originale ». Donc, l’analyse consistera à essayer de comprendre l’objet de ce nouveau, en quoi il perturbe.

Au premier abord, il s’avère crucial de noter que le personnage de Delémont dans La Modification mène deux vies : al vie réelle, vue à travers le compartiment, et à l’autre pole, le rêve qui en lui-même une vie, comme le prouve Gérard de Nerval dans l’Aurélia lorsqu’il a déclaré : « le rêve est une seconde vie ».

En effet ce n’est qu’à ce moment qu’on parviendra à livrer ce mystère mythique derrière La Modification , un mystère qui n’a pas de frontière, tant qu’il echappe aisément aux limites du réel.

En effet, il me parait nécessaire d’insister sans relâche sur le terme « mystère mythique », ce mystère qui nous poussera, en tant que lecteur, à descendre un peu plus bas dans l’exploration afin d’atteindre les couches profondes obscures des rêves butoriens, qui constituent des voyages.

Force est constater que le rêve qui constitut une seconde vie, joue le devant de la scène dans la Modification , tant qu’il se bâtit toujours sur une donnée de la vie, dans la mesure oừ seul le rêve permettra au personnage de Delmont à faire un recul vis-à-vis de sa vie entière.

Donc, tel un phénix qui doit se brûler pour renaître, Léon Delmont doit se plonger dans le feu du rêve pour se purifier, créer et s’élever. En effet, cela se manifeste clairement dans la page 214, dans laquelle combien même Delmont a résisté au sommeil, en l’occurrence à faire un flash- back à son passé pour faire table rase et repartir à zéro, il s’est plongé dans son rêve et donc, dans son passé. En effet, il nous faut noter qu’à partir de la page 214, le rêve de Delmont va le pousser à s’avancer au-delà des portes mystiques, pour qu’il compare, à plusieurs reprises, son esprit à un personnage mythique, celui d’Enée.

Il nous faut noter que l’évocation du mythe d’Enée a été dés la page 82, oừ le narrateur disait : «  dans votre petite bibliothèque que d’auteurs latins et italiens que vous êtes constituer depuis votre liaison avec Cécile, vous avez choisi le premier tome de l’Enéid (…) et vous l’avez ouvert au début du 6ème chant ».

Cette phrase, tirée de La Modification , justifie amplement cette référence mythologique, ce que Michel Leiris a appeler à juste titre «  un réalisme mythologique ».

Le rêve fera de Delmont un personnage vivant, qui au début apparaît en un personnage vieux, fatigué, et épuisé, résistant ainsi au sommeil, mais le passage éveil/ rêve s’est vite effectué. De même le passage du « vous » à « il », pour dire qu’il ne s’agit plus de Delmont ni de voue, lecteurs, mais d’un personnage de rêve, ou encore d’un héros vivant, qui en sait plus oừ va-t- il être amener par son rêve ?

Il s’agit d’une descente aux enfers, à laquelle Delmont a été préparé dés le premier chapitre de la troisième partie, biaisée par la fatigue, l’épuisement, l’odeur de la cigarette et celui de l’alcool, ce qui nous renvoie à la descente bohémienne, dans laquelle le narrateur a choisi l’ivresse pour effectuer sa descente aux enfers.

Il nous faut signaler que la descente de Delmont aux enfers commence par son entrés à la grotte, ainsi, la rencontre de la sibylle d’écumes ; qui est la prêtresse qui détaille les difficultés et le caractère exceptionnel de la visite de chaque descendeur aux enfers, ainsi, elle leurs annonce les conditions préalables ; le rameau d’or pour Enée et le guide bleu des égarés pour Delmont.

Dans la page 214, après l’entrée à la grotte, le personnage de rêve décrit la sibylle avec « sa respiration lourde, rauque, celle d’une vielle femme immobile ». Dans le chant six, l’évocation de l’au-delà fait confluer à la fois le passé et l’avenir. Et c’est de son père mort qu’Enée apprend les grands enseignements sur sa mission naturelle. là, il nous faut préciser que le point similaire avec le personnage de Delmont est le retours vers le passé, sauf que Enée est allé à la recherche de son père, et Delmont à réétudier sa vie effective avec sa femme et celle avec Cécile. L’importance demeure qu’il y’a une raison pour décider descendre aux enfers, comme l’a préciser la sibylle d’écumes à Delmont : «  tu as le droit de et reposer un peu pour m’écouter, me poser ces question que tu dois préparer, parce qu’on ne s’embarque pas sans des raisons bien définies ». Or, une sorte de parodie est fort remarquable dans la discussion entre la sibylle et Delmont, d’une part, la sibylle prend Delmont pour quelqu’un qui cherche son père, et d’autre part, au lieu du rameau d’or, il va lui donner deux gâteaux brûlés dans le four, ce qui montre la parodie de la part du personnage du rêve. ne fait, c’est dans la page 215 oừ la sibylle va blâmer Delmont, tant qu’il est étrangers à son désirs, et il s’est vite retourné à son état naturel, à un « vous » qui remettra le lecteur dans le tourbillon de l’histoire.

Dans la page 219, Delmont se fixe une seconde fois son rêve, afin de transformer les images en mots. Donc, Delmont est invité à mourir une seconde fois afin de parvenir à cette réussite ultérieur de l’expérience. Cette mort qui se présente sous les aspects du sommeil, invite Enée, et donc Delmont, à mourir à l’ancienne vie, pour renaître à la nouvelle, tel un phénix. Mourir, pour que Charon puisse vous admettre dans sa barque, pour passer à l’autre coté de la vie. Est un sinistre démon de la mort.

Dans la page 219 s’est écrit : « il est arrivé au bord de l’eau (…) alors vient une barque sans voile avec un vieillard debout, armé (...) Comme prêt à frapper ». Qui revoit au personnage de Charon, puis cela est suivi de sa description, ainsi celle de la barque.

Ensuite, c’est Charon qui appelle Delmont à monter dans sa barque en l’invitant à lui mener sur l’autre rive, sachant que le personnage de rêve est mort. Charon lui ramassé dans sa barque, en lui rassurant de l’emmener à Rome. Pour ensuite, retourner à l’état naturel, pendant lequel, il se souvient de toute les places qu’il a visité à Rome, pour que dans la page 223, il reprend la description, de l’intérieur de la barque, des actants mythiques qui s’insèrent dans la vie, entrant par effraction dans le rêve, et participent. Il y a les corbeaux et l’homme aux deux visages entre autres.

En fait, cela ne doit pas nous masquer sur le fait que cette montée à la barque s’est avérée cruciale, dans la mesure oừ Delmont a fait de recul vis-à-vis de sa vie avec Cécile, et nous montre ainsi qu’on ne parle d’un attachement viscéral avec Cécile.

Vient alors la page 233, dans laquelle on parvient au but derrière cette descente aux enfers, celle de la réécriture de son histoire, Léon Delmont  a eu le guide bleu des égarés qui lui a permis de faire table rase et repartir à zéro. Comme disait Montaigne « chacun regarde devant soi, moi je regarde dedans moi, je me contrôle, je me goûte». Ce que La Modification   manifeste clairement. en guise de conclusion, on disait que Butor n’impose plus aux lecteurs sa propre vision des choses, il reste à eux une part importante de création, car il leur faut tenter de déchiffrer à toute instant ces codes , et ces signes dont l’œuvre offre le plus complet répertoire.  

                                                                                                    BELBYE LEILA

Publié dans allaboutus

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